

On dit souvent que le chat est un « petit tigre de salon ». C’est vrai que quand on on observe son chat se tapir derrière un meuble, onduler lentement l’arrière-train avant de bondir sur une balle en mousse, difficile de ne pas voir un fauve miniature… Mais, qu’en est-il réellement ?
Perso, je dis toujours que nous, humains, avons plein de points communs avec les chats, mais aussi plein de différences… Alors qu’en est-il entre les chats et les tigres ? Le chat domestique est-il vraiment si proche du tigre ? Ou n’est-ce qu’une belle image…?
Et puis aussi, est-ce que ça pourrait changer notre manière de comprendre notre compagnon ?
Allez, plongeons ensemble dans cette comparaison fascinante entre le chat domestique (Felis catus) et le tigre (Panthera tigris).
Chat et tigre, même famille ? Commençons par la base. Dans la classification scientifique, le chat et le tigre sont en réalité très proches. Tous deux sont des mammifères appartenant à l’ordre des carnivores, au sous-ordre des Feliformia et à la famille des félidés (Felidae). La différence apparaît au niveau de la sous-famille et du genre : le chat domestique appartient à la sous-famille des Felinae et au genre Felis, tandis que le tigre appartient à la sous-famille des Pantherinae et au genre Panthera.
Mais alors, qu’est-ce que ça change ? Pour faire simple, les pantherinae (tigre, lion, jaguar, léopard…) sont un plus gros gabarit, qui chasse des proies plus grosses. Ils sont aussi capables de rugir, mais ça, on y reviendra plus tard ! Les felinae (chat, guépard, lynx, serval, caracal…) ont un gabarit plus petit, tout comme leurs proies.

Poursuivons notre aventure !
Le squelette d’un chat domestique et celui d’un tigre reposent sur la même architecture osseuse, simplement adaptée à des échelles différentes. Tous deux possèdent une colonne vertébrale extrêmement flexible, avec des vertèbres lombaires longues qui permettent une grande extension et flexion du dos. Indispensable pour faire des bonds explosifs !
Leurs omoplates ne sont pas fixées par une clavicule rigide, et sont reliées uniquement par des muscles. Cela leur offre une amplitude de mouvement exceptionnelle, et une démarche souple et silencieuse.
Tigres et chats sont dotés de griffes rétractiles. Sorties pour chasser, grimper, avoir du grip et des armes redoutables, et rentrées pour marcher sans bruit… Ah ! autre point commun, ni l’un ni l’autre ne sont des marathoniens ; ils savent courir très vite, mais sur de courtes distances. Bref, ce ne sont pas des guépards, quoi !

Ils partagent une mâchoire conçue pour une morsure puissante. Finalement la différence tient principalement à la taille, à la densité osseuse et à la puissance des attaches musculaires : le tigre possède des os plus massifs, une cage thoracique plus large et des insertions musculaires plus marquées pour pouvoir soutenir sa masse corporelle pouvant dépasser 250 kg !! Le chat, lui, a une ossature plus fine, adaptée à l’agilité et à la chasse de petites proies.
Chat et tigre possèdent également une dentition similaire, juste à échelle différente ! Des incisives petites mais précises, des canines longues et puissantes, et des carnassières tranchantes.

Leurs vibrisses sont situées aux mêmes endroits (museau, sourcils, pattes, menton) et ont les mêmes fonctions : mesurer un passage, capter les variations de l’air, localiser les proies, percevoir des mouvements… Oui, les vibrisses, communément appelées moustaches (sauf que ça ne se limite pas à la truffe) sont des capteurs tactiles ultra sensibles. D’ailleurs, identiquement au chat, les vibrisses bougent aussi selon l’état émotionnel du tigre :
– en avant = attaque, menace, curiosité
– plaquées en arrière = peur, défense
Bref, dans leur structure fondamentale, il s’agit bien du même modèle de prédateur, décliné en grand… et en miniature 🙂
Les chats et les tigres ne partagent pas la même forme de pupille. Si elles sont verticales chez le chat, elles sont rondes chez le tigre.

En fait, les pupilles verticales ne sont pas l’apanage des félins. D’ailleurs, les gros félins, tels que les tigres, lions, jaguars, mais aussi lynx ou guépards ont des pupilles rondes. C’est dû au type de proie qu’ils chassent et à leur gabarit : ils sont forcément plus haut par rapport au sol, ce qui modifie l’angle de vision. Ils ont moins besoin de précision qu’un chat (ou qu’un serval) qui a besoin d’avoir une vision précise des distances à courte portée.

Le chat et le tigre possèdent sensiblement la même proportion de bâtonnets et de cônes, et ont tous les deux une vision dichromatique : ils voient le vert/jaune et le bleu, mais ne perçoivent pas le rouge.
Le tigre n’est pas un animal domestique (surprise !). Mais quid du chat ? En fait, à la différence du chien, on ne peut pas dire que le chat ait été domestiqué. Il s’est « auto-domestiqué » autour des stocks de céréales des humains, attiré par les rongeurs, etc. mais il garde encore en lui beaucoup d’instincts « primaires ». Ce qui, à mon sens, fait aussi que le chat soit si mystérieux et fascinant.
Finalement, d’un point de vue morphologique et comportemental, il est resté extrêmement proche de son ancêtre sauvage (Felis silvestris lybica).

Tout comme le chat, le tigre marque son environnement avec ses urines, des frottements (contre des rochers par exemple) par lesquels il dépose des odeurs, sécrétions chimiques, des poils… et avec des griffades. Un tigre et un chat qui font leurs griffes sur un tronc d’arbre ont les mêmes postures !
Le tigre est un animal solitaire. Tout comme le chat ? Oui et non.
Dire que le chat est une espèce solitaire est de plus en plus remise en question, car de plus en plus de chats vivent très bien en groupe… dans nos maisons. D’ailleurs certains chats ont même besoin, pour leur bien-être, de partager leur vie avec un congénère. Mais bon… si on s’en tient au « chat dans la nature », il est tout de même complètement capable de faire sa vie seul, et de se rapprocher des congénères pour la reproduction.
Le chat comme le tigre ne fonctionnent pas sous un mode dominant/soumis. Eh non, pas de hiérarchie chez eux !
Ce qui est fascinant, ce n’est pas seulement la proximité génétique, C’est la conservation quasi intacte des comportements de prédation.
Contrairement au chien (dont la séquence de chasse est généralement incomplète aujourd’hui), le chat a été très peu modifié par la domestication. Il reste, dans son cerveau, un chasseur pur souche.
Lorsque le chat traque une ficelle comme si sa vie en dépendait, qu’il se tapit avant de bondir, qu’il remue l’arrière-train avant l’attaque… C’est exactement comme un tigre !
Les séquences comportementales sont les mêmes :
1- Observation
2- Approche silencieuse
3- Immobilité
4- Bond
5- Capture
6- Mise à mort
Certes le tigre chasse des cerfs, des sangliers, des chèvres, et le chat chasse des mulots, des moineaux, ou encore des balles en mousse… Mais neurologiquement, c’est la même mécanique !
Ronronner ou rugir, il faut choisir ! En effet, le chat ne rugit pas, et le tigre ne ronronne pas. Pourquoi ?
Chez tous les félins, les sons sont produits grâce aux cordes vocales et à l’appareil hyoïde (structure osseuse située sous la langue, qui soutient le larynx). Mais la configuration de ces éléments diffère entre les petits et les grands félins.
Chez les félins, la production de sons repose sur deux éléments essentiels du larynx : les cordes vocales et l’appareil hyoïde.

Chez le chat domestique l’appareil hyoïde est complètement ossifié, donc rigide. Ses cordes vocales sont fines et légères.
Le ronronnement est produit par des est produit par des contractions rapides et répétées du muscles du larynx, environ 20 à 30 vibrations par seconde. Ce mécanisme permet un son continu à l’inspiration ET à l’expiration, sans avoir à ouvrir largement la bouche.
Mais cette rigidité limite l’amplitude des vibrations graves. Le chat ne peut donc pas produire un rugissement profond et puissant.
Saviez-vous que les ronronnements n’étaient pas qu’un signe de bien-être ? Et qu’ils ont des vertus incroyables ? Pour en savoir plus je vous invite à lire mon autre article sur le sujet 🙂
Chez le tigre (et les autres grands félins rugissants) on trouve dans l’appareil hyoïde une structure particulière : épihyoïde. Il s’agit d’un long ligament élastique qui apporte plus de souplesse et permet un abaissement plus important du larynx, avec une vibration plus ample, ce qui permet la production de son extrêmement grave.
Le rugissement peut porter à plusieurs kilomètres.
Mais du coup, cette spécialisation, adaptées aux basses fréquences puissantes, ne permet pas les micro-vibrations rapides nécessaires au ronronnement.
Pour moi, comparer le chat à un tigre nous rappelle que nous vivons avec un petit prédateur… À la différence du tigre, nous ne sommes pas à son menu. Ouf ! Mais notre chat pourrait facilement nous laminer la tronche !! Oui… Parlez-en avec les personnes dont le chat a vrillé et qui les a violemment attaqué… Ça arrive, et ça fait d’ailleurs partie des raisons pour lesquelles je suis appelée en tant que comportementaliste félin.
Votre chat vous attaque, il vous griffe ou vous mord ? (vous ou une autre personne). Grâce à ce programme vous comprendrez pourquoi votre chat est agressif, et saurez quoi faire pour que cette situation s'arrête une bonne fois pour toute, en retrouvant un chat zen !
En savoir plusNous considérons un peu trop que le chat est une peluche qui doit se plier à nos vies humaines, à nos intérieurs… Certes, les chats apprécient le confort de nos maisons, mais il n’en demeurent pas moins qu’ils ont besoin d’exercer leurs instincts. Un chat qui ne peut ni grimper, ni chasser/ jouer, ni marquer, c’est comme enfermer un tigre dans une cage…
Il tourne en rond, peut s’automutiler, devenir dépressif, violent, imprévisible. L’hypostimulation peut engendrer des tas de problèmes comportementaux !
Si vous rencontrer des soucis de comportement avec votre chat, sachez que j’ai créé plusieurs programmes, formations en ligne, simples et efficaces pour vous aider !
Le chat n’est pas complètement domestiqué. Revenu à « l’état sauvage », il est complètement capable de se débrouiller sans nous. Je trouve que ça remet les idées en place de se rappeler cela.
Le fait qu’il partage sa vie avec nous ne fait pas de nous des êtres tout puissants, des dieux (à qui le chat ramène humblement des proie en cadeaux… grrrr j’en parlent dans un article juste ici d’ailleurs). Et si nous acceptions de changer de regard ? Pour admettre que c’est peut-être à nous d’être reconnaissant que notre chat veuille bien partager sa vie avec nous…
Pour terminer sur ce changement de regard, je voulais partager une anecdote avec vous…
C’était lors d’une consultation chez des particuliers, au sujet d’une chatte qui avait justement attaqué très violemment l’homme, l’obligeant à se réfugier dans les toilettes. Un gros coup dur pour son égo visiblement. Durant l’entretien il était complètement désintéressé. Il préférait les chiens. Il contredisait sa compagne, et il considérait les chats comme des joujoux à leurs mémères. Plutôt ironique étant donné la situation ! Et puis, j’ai commencé à établir des liens, à faire des comparaison entre la chatte et un tigre (et aussi un militaire). Dès lors, j’ai capté son attention, et son chat a pris de la valeur soudainement à ses yeux. Il est devenu attentif, intéressé, et nous avons pu avancer tous ensemble (sous l’oeil amusé de sa femme !).
Alors, le chat est-il un petit tigre de salon ? Oui, dans le sens où il partage l’essentiel avec un tigre : le corps, les sens, l’instinct d’un prédateur… Mais sinon, le chat n’est pas vrai un tigre réduit. Ils sont cousins quoi !
Ce qui est fascinant, de mon point de vue, ce n’est pas que le chat “ressemble” au tigre. C’est que nous vivons chaque jour avec un petit prédateur dont les ancêtres (et les cousins donc) n’avaient vraiment rien d’inoffensif. Et pourtant… il partage sa vie avec nous, il s’abandonne dans nos bras, il nous accorde sa confiance, et nous lui accordons la nôtre alors qu’il dort à quelques centimètres de notre tête… Là où un tigre nous croquerait tout cru !
À chaque fois que j’y pense, je me dis que c’est vertigineux… Et peut-être que c’est aussi là que réside la vraie magie du chat. Ça mérite un peu d’humilité, non ?… Et quelques concessions !

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